LES MALT BROTHERS : UNE COHABITATION BIÈRES ET VINS VERTUEUSE À VAISON-LA-ROMAINE
- 27 mars
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 juin
Le partenariat entre brasseurs et vignerons est assez inédit pour qu'on s'y attarde. Ça se passe entre Comtat Venaissin et Drôme provençale aux Caves des Collines. Ce lieu hybride ouvert depuis deux ans abrite la microbrasserie des Malt Brothers et un point de vente qui fait la promotion des bières produites sur place et des vins des coopérateurs réunis de Séguret et Villedieu.

LIEU : VAISON-LA-ROMAINE
DATE D'OUVERTURE : 2024
BRASSEURS : GUILLAUME ET JÉRÉMY DIEU
Des "bières de frères", une histoire de famille et de copains
Les Caves des Collines ont ouvert en juin 2024, en lieu et place d’un restaurant dont elles ont conservé le nom. La structure est née de la volonté de deux brasseurs et de quelque 400 viticulteurs du cru de s’associer pour créer un point de vente unique. Le pari autant inédit qu’audacieux n’a pas toujours été compris par un secteur viticole en crise. Mais les Malt Brothers, Guillaume et Jérémy Dieu, sont des enfants du pays issus d’une famille villadéenne. Ils ont débuté leur vie professionnelle dans le vin, le premier en production dans un chais à Châteauneuf-du-Pape et le second comme commercial à Villedieu. Le rapprochement s’est donc fait naturellement, peut-être même autour d’un verre, à l’ombre des platanes et pas loin d’une fontaine. Pour échanger des idées en toute amitié, on n’a pas fait mieux.
Une fois le projet validé, les coopérateurs de Villedieu et Séguret ont fusionné pour créer une gamme commune "Les Caves des Collines" qui rassemble l'ensemble de leurs vins tout en conservant leur site de production respectif. De leur côté, les Malt Brothers ont quitté Villedieu pour installer leur brasserie aux Caves des Collines mais ont gardé leur identité commerciale.
En deux ans d’existence, le lieu s’est fait une place dans le paysage. Vignerons et brasseurs semblent avoir trouvé leur modèle économique même si une vision à long terme est toujours compliquée. On s’y arrête pour déguster comme dans n’importe quel caveau ou brasserie. On y vient aussi pour consommer sur place et profiter des animations de fin de semaine programmées par l’équipe du lieu pour faire pimper sa petite communauté. Elle mise aussi sur un site internet entièrement repensé avec le lancement de la vente en ligne. Pub, caveau de dégustation, taproom, restaurant, les Caves des Collines, c’est un peu tout ça à la fois. Quand le temps se met au beau, le lieu dispose d’un extérieur qui attire locaux et touristes pour des soirées à l’ambiance quasi festivalière.
Coup de foudre pour une IPA
En arrivant, si on prête l’oreille, il n’est pas rare qu'on entende le glouglou d'un barboteur. À droite du bâtiment, c’est la salle de brassage avec ses fermenteurs, une cuve d’eau chaude, une petite embouteilleuse et des cuves de brassage et d’ébullition un peu spéciales. Ce sont d’anciens tanks à lait que Guillaume et Jérémy ont récupérés dans une fromagerie de haute Ardèche et transformées en les dotant d’une palme de brassage, d’un fond filtrant et d’une boule de rinçage et de lavage.

"Ça nous a permis de nous équiper à moindre coût quand on s’est installés ici" explique Guillaume. Une salle de stockage au fond, une chambre froide et un petit bureau complètent la partie brasserie contiguë au vaste espace de vente.
Les Malt Brothers ont commencé à brasser en 2015, d’abord à la maison, sous l’impulsion de Jérémy le plus jeune. "Au début je le regardais faire ses trucs dans des casseroles. Je l’aidais pour le nettoyage mais pas plus. En fait je n’aimais pas trop ça la bière. Jusqu’à ce que je goûte une IPA chez un collègue. C’était nouveau à l’époque. Et là je suis tombée amoureux du jour au lendemain. L’autre claque ça a été les bières noires" raconte Guillaume qui avoue un autre penchant pour les bières d’Amérique du Nord et du Québec. "De vraies pépites très chères à faire venir jusqu’ici malheureusement et qui ont vingt ans d’avance sur nous."
« En fait je n’aimais pas trop ça la bière. Jusqu’à ce que je goûte une IPA chez un collègue. »
Pour créer sa propre IPA, Guillaume a mis la main à l’empâtage et n'a plus arrêté. Des essais pas toujours transformés mais aussi beaucoup de retours positifs ont encouragé les futurs Malt Brothers à lancer leur petite entreprise en 2019 dans une grange toujours à Villedieu, d’abord en semi-pro, le temps de construire la réputation de leurs "bières de frères" qui a prospéré dans le village et autour. L’esprit fraternel n’a jamais varié même si désormais les Caves des Collines les occupent à temps complet, Guillaume assurant la partie brassage et Jérémy la commercialisation.

De 300 hectolitres la première année, les Malt Brothers sont montés à 500 hectos en 2025 avec un pic de 100 hectos au mois de juillet quand la taproom bat son plein. "Quand on a lancé le projet de partenariat avec les vignerons, ce qui nous tenait à cœur c’est de se développer cette activité taproom" explique Guillaume. 90% de la production est conditionnée en fûts pour alimenter le bar et quelques cafés et restaurants du coin. "Monter une microbrasserie pour ne vendre qu’en bouteilles, on ne se serait pas lancé. Le secteur est saturé et l’équipement est très coûteux".
Et c’est vrai que ce concept adopté par une majorité de brasseries aujourd’hui, a plus d’un avantage : pour le brasseur, il limite les coûts et pour le consommateur, il fait de la dégustation une expérience immersive et conviviale.
Qu'est-ce qu'on boit ?
Guillaume, autodidacte, brasse à l’anglaise, en monopalier. Son goût pour les IPA et les bières noires y sont sans doute pour quelque chose. "Ça consiste à faire infuser le grain à une température constante de 70° pendant une heure. C’est simple et efficace. Et par principe, on a toujours fait des bières qu’on aimait boire, des breuvages ni ronds, ni sucrés mais bien secs et bien buvables" expose Guillaume.

Toujours pragmatiques, les Malt Brothers ont choisi de développer une gamme relativement réduite. Ce qui n’empêche pas le brasseur de jouer sur la complexité aromatique avec un vrai sens de l’équilibre. Une bière de soif, la Summer Ale (4,5%), une IPA (6%) et une bière noire, la Black (6%) constituent la gamme permanente complétée par des bières de saison : une bière de Noël et une bière à l’épeautre, la Villadéenne (6,5%), "cuvée spéciale" brassée avec l’orge d'un cousin cultivé à Villedieu et le houblon du jardin. Autre "cuvée spéciale", un Imperial Stout (9,5%) brassé avec du gruau de cacao que Guillaume réserve aux amateurs de ce style anglais par excellence et une éphémère qui revient chaque printemps au profil de Session IPA, la Taki Taki (3,5%), légère, légère… Pas de bière sans alcool mais une limonade houblonnée et pas trop sucrée est aussi disponible à la pression.
« On a toujours fait des bières qu’on aimait boire, des breuvages ni ronds, ni sucrés mais bien secs et bien buvables. »
Les drêches, le résidu des céréales qui ont servi à la production du moût, sont récupérés en partie par un chevrier de Saint-Roman-de-Malegarde pour nourrir ses bêtes et par un voisin paysan qui les utilise comme compost. Elles sont aussi parfois transformées par un copain restaurateur en chips et en crackers dégustés sur place à l’heure de l’apéritif.
Guillaume a également pour projet de brasser un Barley Wine (ou vin d'orge), bière concentrée en malt, puissante en alcool (jusqu'à 12%) et très aromatique. Il y pense depuis longtemps et a déjà process et recette en tête. Bière complexe généralement gardée pendant de longs mois en fût ayant contenu du vin comme le Porto, il a prévu d'en faire une version bien locale en la faisant vieillir en barrique de vin doux naturel de Rasteau.
Un joli trait d'union entre savoir-faire brassicole et savoir-faire viticole, un peu à l'image des Caves des Collines. Le brassage est prévu pour avril. Avis aux amateurs de sensations fortes, rendez-vous pour la dégustation en janvier 2027 !

